Fin de monopole pour la Sacem

Comme le craignait l’Alliance EuropĂ©enne des Auteurs et Compositeurs (ECSA), la Commission EuropĂ©enne a perdu patience et a mis fin au monopole national des sociĂ©tĂ©s de gestion collective comme la Sacem. Mercredi, la Commission a arrĂŞtĂ© une dĂ©cision interdisant aux 24 sociĂ©tĂ©s de gestion membres de la CISAC (”ConfĂ©dĂ©ration Internationale des SociĂ©tĂ©s d’Auteurs et Compositeurs”) de restreindre la concurrence en limitant leur capacitĂ© d’offrir leurs services aux auteurs et utilisateurs commerciaux en dehors de leur territoire national.

Concrètement, les plateformes de musique en ligne française pourront aller chercher les droits d’exploitation dans n’importe quel pays europĂ©en, et proposer leurs services Ă  travers toute l’Europe. Toutefois, la Commission prĂ©serve le droit des sociĂ©tĂ©s de gestion nationales Ă  fixer les tarifs de redevance pour leur territoire. De mĂŞme, les auteurs pourront faire gĂ©rer leur droit par une autre sociĂ©tĂ© de gestion que la Sacem, lĂ  oĂą, par exemple, les frais de gestion seraient plus bas.

La dĂ©cision permet aux Sacem europĂ©ennes de “conserver leur système actuel d’accords bilatĂ©raux

et leur droit de fixer le niveau des redevances dues sur leur territoire national“, mais elle s’attaque Ă  deux dispositions clĂ©s qui justifiaient l’existence des accords bilatĂ©raux. La Commission a ainsi exigĂ© la suppression des clauses d’affiliation, qui empĂŞche un auteur de choisir sa sociĂ©tĂ© de gestion ou de se tourner vers une autre, et des clauses de restrictions territoriales, qui empĂŞchent les sociĂ©tĂ©s de gestion collective d’offrir des licences en dehors de leur territoire national.

La dĂ©cision permettra aux sociĂ©tĂ©s de gestion collective de se concurrencer en termes de qualitĂ© de leurs services et de niveau de leurs frais administratifs (qui sont dĂ©duits du montant perçu avant qu’il ne soit remis Ă  l’auteur). Elle incitera ainsi les sociĂ©tĂ©s de gestion collective Ă  amĂ©liorer leur efficacitĂ©“, assure la Commission europĂ©enne, qui rappelle qu’elle avait tentĂ© de rĂ©soudre l’affaire Ă  l’amiable en 2007 mais que les engagements pris par les sociĂ©tĂ©s de gestion Ă©taient insuffisants.

Selon la commissaire chargĂ©e de la concurrence Neelie Kroes, “cette dĂ©cision aura un effet positif sur la diversitĂ© culturelle dans la mesure oĂą elle encouragera les sociĂ©tĂ©s de gestion collective Ă  offrir aux compositeurs et aux paroliers de meilleures conditions en termes de perception des montants auxquels ceux-ci ont droit. Elle facilitera Ă©galement le dĂ©veloppement de la diffusion par satellite, par câble et sur Internet, en offrant aux auditeurs un choix plus vaste et aux auteurs des revenus potentiellement plus importants“.

La Commission europĂ©enne n’a pas infligĂ© d’amende Ă  la CISAC, estimant que la suppression des clauses d’exclusivitĂ© serait suffisante.

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com

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