Soliloque solipsiste




Soliloque solipsiste

(Raimon)

Je me parlais à moi-même et je me disais:
si tu dis que tu ne peux être libre
que si personne ne se rend compte que tu existes,
on te comprendra? On ne te comprendra pas?
On ne te comprendra pas.

Je me parlais à moi-même et je me disais:
si tu dis qu’il y a ceux qui ont résisté à la torture
mais qui n’ont pas résisté à l’adulation,
on te comprendra? On ne te comprendra pas?
On ne te comprendra pas.

Je me parlais à moi-même et je me disais:
si tu dis que l’amour est toujours un immense
point d’interrogation que les amants alimentent en s’aimant,
on te comprendra? On ne te comprendra pas?
On ne te comprendra pas.

Je me parlais à moi-même et je me disais:
si tu dis que tu n’es pas jaloux de leur assurance
et que tu ne te sens pas à l’aise avec tes doutes,
on te comprendra? On ne te comprendra pas?
On ne te comprendra pas.

Je me parlais à moi-même et je me disais:
si tu dis que tu n’es pas Folquet de Marselha
et que, en chantant, tu te rappeles
ce que tu prétends oublier en chantant,
on te comprendra? On ne te comprendra pas?
On ne te comprendra pas.

Je me parlais à moi-même et je me disais:
si tu dis que tu n’es pas flatteur, ni prédateur,
ni compétitif, ni sportif,
et que tu ne sais pas comment vivre
à la ville hispanocatalane où tu habites,
on te comprendra? On ne te comprendra pas?
On ne te comprendra pas.

En me parlant à moi-même, je suis arrivé à un accord,
provisoire, et je me suis dit:
mieux vaut n’être pas compris
que se taire.
On te comprendra? On ne te comprendra pas?
On ne te comprendra pas.

(1996)





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